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Amiante. Le procès pénal se précise

Amiante au pénal

                      Amiante. Le procès pénal se précise
10 décembre 2009  - Le télégramme de Brest

Il a été le premier à faire reconnaître la "faute inexcusable de l'employeur" en matière d'amiante devant les tribunaux. Me Michel Ledoux sera-t-il le premier à convaincre la justice pénale d'ouvrir le procès attendu par toutes les victimes?
Interview de " Me Ledoux
Un ancien dirigeant d'Eternit, Joseph Cuvelier, vient d'être mis en examen par la juge d'instruction du pôle de santé publique, Marie-Odile Bertella-Geffroy, pour homicide involontaire notamment. Êtes-vous à l'origine de cette plainte?
Oui. La plainte date de 1996, avec constitution de partie civile de l'association nationale des victimes de l'amiante (Andeva). Nous avons été obligés de procéder de la sorte parce qu'aucun procureur de France n'a trouvé le moyen de faire ouvrir une instruction. N'est-ce pas étonnant? Le moindre ado qui télécharge sur son ordinateur se retrouve en correctionnelle et ceux qui sont responsables de la mort de milliers de gens n'ont pas de soucis judiciaires. Je pense clairement que pendant longtemps, tout le monde se foutait de la santé au travail par pur mépris pour les ouvriers qui ne présentaient aucun intérêt social.

Et les choses sont en train de changer...

Oui, grâce à ce pôle judiciaire. Il faut savoir que M.Joseph Cuvelier a été président du directoire d'Eternit pendant vingt ans et qu'il a participé à tous les agissements industriels liés à l'amiante. Il s'est opposé à sa substitution par des composants végétaux. La juge a retrouvé certains de ses discours, alors même que l'on savait déjà que les dégâts de l'amiante allaient devenir une pure catastrophe sanitaire. Il a été jusqu'au bout. Cette mise en examen est importante: ce n'est pas un sous-fifre mais un milliardaire qui s'en est mis plein les poches. Nous espérons d'autres mises en examen prochainement, comme celles de certains dirigeants de DCNS ou des chantiers navals. Vous connaissez bien ça, à Brest.

Ne craignez-vous pas un non-lieu?

Parmi toutes nos plaintes, certains dossiers me semblent avoir dépassé le stade du non-lieu. Et ce 9décembre est une grande date: pour la première fois en Europe s'ouvre un procès pénal contre d'autres dirigeants d'Eternit, suisses et belges, au titre des dégâts industriels dus à l'amiante. Le procès a lieu à Turin et ces dirigeants risquent de la prison ferme. Aujourd'hui, le tribunal correctionnel de Turin attire des milliardaires qui ont fait de l'argent sur la souffrance des ouvriers.

Comment expliquez-vous que l'éventualité d'un procès pénal soit si tardive?
Outre la cupidité de certains, il me semble que la question qui prévalait dans le monde du travail vicié à l'amiante était d'abord celui du salaire. La salubrité passait bien après. Souvenez-vous des primes de salissures, par exemple. Pour revenir à l'amiante, on savait pourtant sa dangerosité dès la Grèceantique où des écrits mentionnent la maladie "de l'esclave". En 1904, un médecin publiait trente pages sur des conclusions jamais démenties. Il a fallu attendre 1997 pour que la loi l'interdise...

Vous dites que les juges d'instruction ont fait avancer les choses. Comment ressentez-vous l'annonce gouvernementale de leur disparition?
Si on supprime le juge d'instruction, on saborde le travail fait depuis quinze ans par les victimes de l'amiante. Ce serait aux procureurs de prendre leur place et je ne fais aucune confiance aux procureurs. Je rappelle que dans certains départements, ils sont venus au secours des industriels. Et c'est ce même corps qui devrait se charger de l'enquête? Comment pourrait-il mettre en examen son autorité de tutelle, si jamais les mises en examen, dans le cas de l'amiante, dépassaient le cercle industriel, comme nous le demandons? Jamais ils ne le feront. Nous allons être la risée du monde entier. Nous allons entrer dans une république bananière.



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